le point sur la recherche du génome viral de la dingue et du chikungunya par biologie moléculaire

 

La HAS a évalué la technique de recherche du génome du virus de la dengue et du virus du chikungunya par biologie moléculaire.

Cette évaluation a été réalisée à la demande de la Direction générale de la santé qui souhaitait que ce test soit inscrit à la Nomenclature des actes de biologie médicale. En l’absence de données suffisantes l’évaluation économique n’a pas pu être réalisée, mais sur la base de l’analyse critique de la littérature, la HAS conclut que :

  • la recherche du génome viral de la dengue par RT-PCR est indiquée chez les patients pour lesquels un diagnostic de dengue est suspecté, jusqu’à 7 jours après l’apparition des signes cliniques (associée à la sérologie – recherche d’IgM / IgG – à partir du 5ème jour).
  • la recherche du génome viral du chikungunya par RT-PCR est indiquée chez les patients pour lesquels un diagnostic de chikungunya est suspecté, jusqu’à 7 jours après l’apparition des signes cliniques (associée à la sérologie – recherche d’IgG/IgM – à partir du 5ème jour).

Le moustique Aedes albopictus, vecteur de ces deux virus, s’est implanté durablement dans le sud-est de la France métropolitaine depuis 2004 : Consulter la liste des départements de France métropolitaine concernés.

 

La dengue : anciennement appelée « grippe tropicale », « fièvre rouge » ou « petit palu», est une infection virale endémique dans les pays tropicaux. Cette arbovirose transmise à l’être humain par l’intermédiaire de la piqûre d’un moustique diurne du genre Aedes (Aedes aegypti et Aedes albopictus), lui même infecté par le virus. En France, la circulation autochtone de la dengue est estimée forte dans les départements français d’Amérique, faible à modérée dans l’Océan Indien, la Réunion et Mayotte, et faible à inexistante en France métropolitaine.

Un diagnostic rapide et précis est essentiel pour écarter les autres pathologies qui pourraient entrainer les mêmes symptômes ou des symptômes proches, en particulier dans des situations non épidémiques. Les nombreuses autres étiologies évoquées devant des symptômes de la dengue sont : fièvre jaune, encéphalite japonaise, encéphalite de Saint Louis, infection à virus Zika, infection à virus West Nile, infections à alphavirus comme le chikungunya et le Sinbis, paludisme, leptospirose, typhoïde, rickettsioses, rougeole, infections à entérovirus, grippe et autres syndromes grippaux, fièvres hémorragiques et infection aiguë par le VIH.

Se distinguent :

  • la dengue avec ou sans signe d’alarme. Les signes d’alarme sont : douleurs abdominales ou sensibilité abdominale à la palpation lors de l’examen, vomissements persistants, épanchement pleural, saignement muqueux, léthargie ou agitation, hépatomégalie, augmentation de l’hématocrite et baisse rapide des plaquettes ;
  • la dengue grave caractérisée par une fuite plasmatique sévère pouvant entraîner un choc et une détresse respiratoire ; des hémorragies sévères ; une atteinte viscérale grave (foie, système nerveux central, cœur …).

Après la période d’incubation (3 à 10 jours), les premiers signes cliniques apparaissent suite à la réplication du virus dans l’organisme. La période de virémie s’étend d’environ 2 jours avant le début des signes cliniques jusqu’à environ 7 jours après. Cette période correspond à la phase fébrile. Le virus peut alors être détecté pendant environ 5 à 7 jours. Ensuite, les particules virales disparaissent.

La suspicion de dengue  se rencontre habituellement dans deux situations cliniques :

  • symptomatologie évocatrice chez un patient revenant d’une zone touchée par la dengue ;
  • symptomatologie évocatrice chez un patient se trouvant dans une des zones d’activité du vecteur pendant la période d’activité du vecteur telles que définies chaque année dans le plan national anti-dissémination.

Quelle que soit la situation épidémique, la RT-PCR est le test de première intention jusqu’au 7ème jour après l’apparition des signes cliniques. Cependant, compte-tenu de l’offre actuelle (nombre de laboratoires maîtrisant le test), il est encore à ce jour possible de recourir à la recherche de l’antigène NS1 lorsque la RT-PCR n’est pas disponible. Ceci pourrait être le cas lors d’une épidémie avérée au cours de laquelle une prescription trop importante de RT-PCR pourrait engorger les laboratoires. Ainsi, en cas d’épidémie avérée, et pour les formes simples, la recherche de l’antigène NS1 peut être réalisée jusqu’au 5ème jour après l’apparition des signes cliniques. Un résultat négatif de la recherche de l’antigène NS1 n’excluant pas le diagnostic de la dengue, la stratégie diagnostique devra dans ce cas être poursuivie par :

  • RT-PCR jusqu’au 7ème jour après l’apparition des signes cliniques ;
  • sérologie (IgM / IgG) à partir du 5ème jour après l’apparition des signes cliniques.

en savoir plus : rapport d’évaluation technologique /Diagnostic biologique direct précoce de la dengue par détection génomique du virus avec RT-PCR (transcription inverse et amplification génique par réaction de polymérisation en chaîne) / Janvier 2013 / Service évaluation des actes professionnels / Service évaluation économique et de santé publique/ HAS

Le chikungunya : la traduction de chikungunya en français  « maladie de l’homme courbé » car elle occasionne de très fortes douleurs articulaires associées à une raideur, ce qui donne aux patients infectés une attitude courbée très caractéristique. Comme la dengue c’est une arbovirose transmise par des moustiques diurnes du genre Aedes. Le virus est un alphavirus de la famille des Togaviridae. En 2005-2006, une importante épidémie a touché les îles de l’Océan Indien, et notamment l’île de la Réunion, avec plusieurs centaines de milliers de cas déclarés. Plus récemment, une épidémie de chikungunya a sévi entre juillet et septembre 2007 en Italie, dans la province de Ravenne (plus de 205 cas). Le virus du chikungunya peut donc être transmis dans les régions tempérées du sud de l’Europe où s’est installé durablement le vecteur Aedes albopictus, dont le sud de la France métropolitaine. Les signes cliniques apparaissent généralement dans les 2 à 7 jours qui suivent la piqûre du moustique vecteur. La phase virémique de l’infection par le chikungunya dure en moyenne de 3 à 10 jours.

Les signes cliniques majeurs sont :

  • l’apparition brutale d’une forte fièvre (> 40 °C), qui dure de 24 à 48 heures, accompagnée d’arthralgies et de myalgies ;
  • des polyarthralgies très douloureuses qui touchent particulièrement les articulations des extrémités telles que les poignets, les chevilles ou les phalanges, avec un gonflement articulaire prononcé, ce qui a donné le nom de la maladie signifiant dans un dialecte africain « maladie de l’homme courbé » ;
  • des manifestations cutanées à type de rash maculo-papuleux, érythémateux ou d’œdèmes.

L’évolution de la maladie est généralement rapide (moins de 10 jours), favorable et sans séquelles. Pour un certain nombre de patients (10 à 70 %), des récurrences cliniques de la maladie sont observées à une distance de plusieurs mois de la phase aiguë.

La suspicion de chikungunya se rencontre habituellement dans deux situations cliniques :

  • symptomatologie évocatrice chez un patient revenant d’une zone touchée par le chikungunya ;
  • symptomatologie évocatrice chez un patient se trouvant dans une des zones d’activité du vecteur pendant la période d’activité du vecteur telles que définies chaque année dans le plan national anti-dissémination.

Lorsque l’épidémie est avérée, en cas de forme classique, les signes cliniques et épidémiologiques peuvent suffire pour poser le diagnostic du chikungunya. La recherche du génome du virus du chikungunya par biologie moléculaire doit respecter des conditions strictes de réalisation afin d’assurer la qualité de l’examen. Ainsi, la RT-PCR doit être réalisée dans des laboratoires équipés en biologie moléculaire en respectant des procédures de contrôle qualité strictes et par des techniciens formés expérimentés afin d’éviter tout problème de contamination. Le compte-rendu doit préciser notamment la date probable d’apparition des symptômes et la date du prélèvement.

En savoir plus : Rapport d’évaluation technologique/ Diagnostic biologique direct précoce du Chikungunya par détection génomique du virus avec RT-PCR (transcription inverse et amplification génique par réaction de polymérisation en chaîne) – Janvier 2013 / Service évaluation des actes professionnels / Service évaluation économique et de santé publique/ HAS

 

Ce contenu a été publié dans dosages et analyses, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.