Extension de l’épidémie de Zika, le point début février 2016

mousticSelon l’OMS, trois à quatre millions de personnes seront touchées par le virus Zika cette année. 

Au Brésil, le virus Zika a déjà touché 1,5 million de personnes. Le niveau d’alerte est aujourd’hui élevé, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré que l’épidémie de Zika constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Cela signifie concrètement que les recherches pour le développement d’un vaccin vont s’accélérer.

Une extension rapide aux Antilles

La surveillance de l’épidémie de Zika dans les départements français d’Amérique vient d’être renforcée en apportant un appui à la cellule inter-régionale d’épidémiologie (CIRE) Antilles-Guyane basée à Fort-de-France en Martinique. L’arrêté du 27 janvier 2016 indique qu’une réserve sanitaire est mobilisée (envoi de deux réservistes), à compter du 1er février 2016, pour une durée de 90 jours.
Cet été, le Haut Conseil à la santé publique estimait déjà que le risque de transmission du virus Zika était «élevé dans les départements français d’Amérique» et «réel à La Réunion et à Mayotte» ainsi que «dans les départements métropolitains où (le moustique) Aedes albopictus est implanté». Mi décembre le virus Zika est arrivé en Guyane et en Martinique, où ont été identifiés «deux premiers cas de personnes contaminées».
Depuis, l’épidémie a fortement progressé et est aujourd’hui installée en Martinique et en Guyane, avec respectivement (début février) 2287 et 245 cas évocateurs, dont près d’une centaine ont fait l’objet d’une confirmation biologique. 10 cas autochtones ont également été confirmés en Guadeloupe et 1 cas à Saint Martin.
Des campagnes de pulvérisations et de destructions de gîtes larvaires des moustiques vecteurs sont organisées par la préfecture.

La situation sur le reste du territoire français

Les territoires d’outremer français non touchés actuellement par Zika sont : Saint-Pierre et Miquelon, La Réunion, Mayotte, Wallis et Futuna, la Nouvelle-Calédonie, ainsi que la Polynésie française. Les moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus, qui peuvent transmettre le virus Zika, sont actifs de mai à novembre en France métropolitaine, qui pourrait être concernée car le moustique tigre, est implanté dans le Sud de l’Hexagone. En Métropole, 9 cas importés de Zika ont été pris en charge depuis le début de l’année. L’un d’entre eux, de retour en métropole après un séjour dans une zone touchée par le virus, présente une forme neurologique de l’infection.

Quel risque majeur  pour les patients atteints du Zika ?

La guérison est le plus souvent spontanée, mais le Haut Conseil à la santé publique note «une fréquence inhabituelle de complications neurologiques à type de syndrome de Guillain-Barré» et des cas de microcéphalie chez des bébés lui sont associés au Brésil. Le docteur David Germanaud, neuropédiatre dans le service de neurologie pédiatrique et des maladies métaboliques de l’Hôpital Robert-Debré et chercheur dans l’unité de neuro-imagerie pédiatrique de NeuroSpin précise lors d’une interview au journal le Monde : « les études se poursuivent pour démontrer formellement l’implication du virus Zika et mieux comprendre les conséquences de la transmission de la mère au fœtus. Comme avec la rubéole ou le CMV, il est malheureusement à craindre que la situation très grave de ces bébés brésiliens ne soit que la partie émergée du problème. Il est tout à fait possible que des formes moins sévères de cette fœtopathie liée au virus Zika se présentent sans anomalie évidente à la naissance comme la microcéphalie, mais soient responsables par la suite de déficiences et de handicaps intellectuels ou neurosensoriels« .

Lire l’interview journal Le Monde

Quelle prise en charge médicale ?

Dès le début des symptômes il faut effectuer la recherche du génome du virus par RT-PCR sang ou urines. La ministre Marisol Touraine, dans son communiqué de presse du 3 février 2016 a indiqué que le ministère de la Santé a « décidé d’engager en urgence la procédure permettant la prise en charge de ce test en ville dans les plus brefs délais ». Biomnis et Cerba le réalisent déjà. La société Altona vient d’obtenir le marquage CE pour son test RealStar® Zika Virus RT-PCR Kit 1.0 et  a communiqué le 27 janvier sur le lancement de ce test.

En présence de signes cliniques évocateurs et d’un résultat négatif par RT-PCR, le diagnostic peut être confirmé par le CNR des arboviroses par sérologie. Ce laboratoire est le seul en capacité de réaliser par sérologie la détection des anticorps spécifiques de la maladie Zika (IgM et IgG anti-Zika).

Pour les femmes enceintes infectées, une surveillance échographique mensuelle est mise en place. Aucune malformation n’a été détectée parmi les 20 femmes enceintes infectées par le virus Zika dans les départements français d’Amérique. Contacté par l’APM, le coordonnateur du Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal du CHU de Martinique, le Dr Bruno Schaub, a indiqué que les microcéphalies pouvaient être dépistées à partir du troisième trimestre, après 28-30 semaines d’aménorrhées.

Pour les femmes enceintes qui ne montrent pas de signes d’infection, il n’est pas prévu d’examens complémentaires. Pourtant l’infection est asymptomatique dans 65-80% des cas.

Il est a noter qu’actuellement il n’existe pas de traitement spécifique du Zika, ni de vaccin.

Quelles mesures pour encadrer le don du sang, des gamètes et prévenir une éventuelle transmission sexuelle.

En  juillet 2015, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) avait souligné que la transmission du Zika est  » presque exclusivement vectorielle « . « Mais il existe d’autres voies possibles qui restent des événements très rares », ajoutent les experts. En dehors des rapports sexuels, ils soulignaient que la transmission par voie sanguine « n’a jamais été mise en évidence » ; toutefois le risque « ne peut être écarté ».

Questionné par l’APM sur l’encadrement des dons de sang, Benoît Vallet, directeur général de la santé a expliqué que des « tests complémentaires » étaient réalisés dans les zones concernées. Il a ajouté que l’Etablissement français du sang (EFS) mettait en place une « procédure pour que les femmes enceintes ne reçoivent pas de sang prélevé dans une zone épidémique ».

Marisol Touraine a par ailleurs précisé que l’Agence de la biomédecine (ABM) avait recommandé aux établissements de santé des départements où le virus circule de différer les dons de gamètes et les assistances médicales à la procréation (AMP) et de les différer de 28 jours pour les personnes de retour de ces départements.

Le Conseil national professionnel de la gynécologie  va dans le sens de la précaution en recommandant mercredi 3 février « l’emploi du préservatif pour les femmes enceintes ou en âge de procréer en zone d’endémie, ou dont le compagnon est suspecté d’être infecté ». Avant de suivre cette préconisation, la ministre de la santé a décidé de demander l’avis du Haut conseil de la santé publique.

Consulter le communiqué de presse du 03 février 2016 de Marisol Touraine au sujet du virus Zika.

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